Ragunde
11 juin 1589 : Baptème de Magdeleine Bouhours fille de Jean et de Ragunde Plessys
- Brûlon (72) -
Prénom de l''epoque mérovingienne (une de mes époques préférées) qui met de l''adrénaline dans mes vieilles veines !
Ragunde : Une des formes de Radegonde. La liste de Quebec donne seulement la forme Radégonde. Autres formes : Radegundis (forme latinisée), Radegonda, Radigunf, Ragonde, Ragund.
On trouvait La forme
Ragunde surtout en Suède mais aussi en Allemagne. Pour la France j''ai trouvé un mariage en 1544 à Paris d''une veuve
Ragunde.
Comme prénom on le trouve très peu dans les siecles passés : en 1069 naissance de Lady Radegunde .
Dans une allégorie anglaise du XVIIème siècle, "Fairy Queen", il y a 2 personages principaux : Britomart, championne de la chasteté, et Radigund une amazone autocrate qui gouverne arbitrairement. C''est une maîtresse cruelle qui torture des hommes pour son plaisir (tiens le Marquis de Sade n''était pas le seul !).
Le nom est germanique et, comme souvent, il a 2 radicaux : "rad" (en néerlandais "raad"), "conseil" et "gund/gond", "combat". La signification est alors quelquechose comme "conseillère dans le combat".
Au XXème siècle Radegonde est présent de 1901 à 1938 chaque année avec en moyenne 12 à 13 cas par an. Maximum en 1904 et 1914 avec 25 cas. Après 1940, il disparaît très vite (nom trop "germanique" ?) : 1947 : 5 cas et encore 3 cas en 1948 et 1951.
Il n''est pas étonnant que l''époque mérovingienne soit si mal connue. C''est une période chaotique et compliquée et dont les sources ne sont pas toujours fiables (euphemisme !).
Voici l''histoire de la Radegunde la plus célèbre.
Il faut revenir en France à la mort du grand Clovis en 511. Il a 4 fils et, contrairement au droit romain où le fils aîné hérite de la terre et/ou du pouvoir, le droit germanique a pour règle que tous les fils héritent et que l''héritage est soit divisé (comme on fit en France chez les Francs) soit "collégial" comme nous le verrons chez les Thuringes. L''idée était que le plus fort prendrait le dessus et celui-là serait alors l''héritier le plus capable.
Il y a donc 4 rois Francs en 511 :
Clodomir, roi à Reims, mort en 524 (ne joue aucun rôle dans l''histoire de Radegonde),Thierry I, roi à Reims, mort en 534, Childebert, roi à Paris, mort en 558 (lui non plus ne joue aucun rôle dans l''histoire de Radegonde) et Clotaire, roi à Soissons, mort en 561.
Pour notre histoire ce sont Thierry et Clotaire qui sont importants. Ils règnent sur des régions qui deviendront, un peu plus tard l''Austrasie et la Neustrie.
Et notre Radegonde : née vers 518/525, fille de Berthacar (Berthaire), roi de Thuringe. Les Thuringiens habitent à peu près la région située entre les rivières Weser et Saale. Les Francs de Clovis étaient des Francs "Saliens" (ce qui renvoie à la Saale). Ils étaient donc voisins et vraisemblablement consanguins. La mère de Clovis, Basine, était de Thuringe. Clovis les vainc en 490 et depuis ils étaient plus ou moins soumis, sous contrôle.
Lorsque le roi Basinus meurt, il y eut une monarchie collégiale (laquelle ne fut pas tellement "collégiale" !) de ses 3 fils : Hermenfrid, Badric et Berthaire. Hermenfrid était marié avec Amalaberga, nièce de l''Ostrogoth Théoderic le Grand. Elle était mauvaise et cruelle. Hermenfrid fit assassiner Berthaire, le père de Radegonde. Amalberga insistait pour que son mari fasse la guerre à Badric. Hermenfrid ne voulait pas mais il lui céda. Comme il ne se sentait pas de taille, il demanda à Thierry s''il voulait se charger d''éliminer Badric (aussi nommé Baderic, Balderic et Bodevie) avec, en récompense la moitié du royaume de Thuringe. Thierry s''en chargea mais ne reçut pas la récompense. Il n''osa pas trop réclamer par peur de Théoderic.
En 526, Théoderic mourut. Il avait eut une fille avec Audofleda, une soeur de Clovis, Amalasonte. Avaient-ils eu d'autres enfants ? Difficile à dire. Les sites et livres consultés ne parlent que d'une fille (Amalasonte, Amalasunte, Amalawinta, Amalasunt(h)a). Elle est née probablement en 498 et s'est mariée en 515 avec un roi Wisigoth, Euthéric. Avant ce mariage elle avait déjà épousé en secret un esclave, Traguilla. Ils furent pris en flagrant delit et la solution fut de tuer Traguilla et de donner une bonne, très bonne fessée à Amalasonte. Euthéric mourut assez vite après le mariage, mais, de leur union est né un fils Athalaric et une fille Mathasonte. Audofleda meurt également en 526. L'héritier est le jeune Athalaric. Sa mère règne pour lui mais en 534 ce fils décède aussi. Une femme ne pouvait être reine qu'au nom d'un homme. Elle organise alors un mariage avec Theodat dans l'espoir de partager ainsi le pouvoir. Hélas, Théodat la fit étrangler dans son bain en 535 parce qu'elle aurait eu des liens trop étroits avec Byzance, selon Procope. Grégoire de Tours a une autre version mais Procope est beaucoup plus fiable.
Amalasonte, n''était pas très interessée par les affaires de sa nièce Amalaberga.
Thierry y vit sa chance et il demanda à son frère Clotaire, rude et impitoyable guerrier, de l''aider sur une base de partage à 50/50 du butin (Grégoire de Tours note dans ses Histoires Françaises III, 7, le discours d''encouragement -fictif, mais très crédible- de Thierry à ses guerriers). Il y eut une grande bataille avec des avantages successifs pour les uns et les autres mais avec une fin sanglante pour les Thuringes. Cependant, la famille royale réussit à s''échapper.
Thierry voulut se débarasser de Clotaire pour ne pas lui donner la moitié de butin. Il lui tendit un piège mais, si maladroit, que Clotaire, méfiant, s''en échappa. Thierry tendit alors (534/35) un meilleur piège à Hermenfrid, pas trop intelligent. En se promenant dans sa place forte de Zülpich (une 60 km nord de Trèves), sur les remparts il fut jeté dans le vide soit par Thierry soit par son fils mignon, Theudebert et comme il n''y avait ni filet, ni glissière de sécurité, il s''écrasa en bas. Amalaberga s''enfuit auprès de son frère Theodat, à ce moment, roi des Ostrogoths (534-536).
Mais, me demanderez-vous, où est donc Radegonde ? Elle est la "pièce unique" du butin de 531, enfant de 6 à 11 ans, mais déjà bien belle. Aussi bien Thierry que Clotaire la veulent. Thierry, après son piège loupé, savait qu''il ne fallait pas pousser les choses plus loin et "généreux" la cèda à Clotaire.
Clotaire voulait la marier quand elle aurait l''âge pour cela. Vu le comportement et le caractère de Clotaire, il ne s''agissait pas d''un projet très attirant. Dans son livre "Les premiers rois de France" Ivan Gaubry juge très défavorablement ce roi et dit : "Il faut rendre justice à Clotaire, le plus cruel et le plus débauché des rois (...) pendant tout le temps où il attendit le mariage, il respecta sa virginité". Il faut dire aussi qu''elle n''était pas au château royal. La femme de Clotaire, Ingonde, l''avait placée à Saint-Quentin puis à Athies (à coté d''Arras). Le château était à Vitry-en-Artois (une dizaine de km à l''est d''Athies). Radegonde reçut une excellente éducation. Et les années passèrent.
Clotaire était donc bien marié et même, pas si mal que ça. On parle d''un amour passionnel entre lui et Ingonde. Les sources ne sont pas du tout d''accord sur ses dates : Naissance en 502, 499, ou vers 510; mariage en 520, 518 ou 535; décès en 536, 538, 546, après 546, ou 563. Vous comprendrez que je n''ose pas me mêler de cette discussion. Désaccord aussi sur son origine : Les uns parlent d''une "naissance basse", les autres, et je considère cela plus probable, d''une haute naissance comme fille du roi de Thuringe, Badric. Ceci expliquerait, partiellement, son attitude envers Radegonde, sa cousine germaine.
Il y avait encore auprès de Clotaire, Arégonde, la soeur d''Ingonde, concubine première classe de Clotaire. Ingonde elle-même avait mis Clotaire sur sa piste en lui demandant de lui chercher "un bon mari". Clotaire regarda un peu par ci par là, mais, lorsqu''il vit la fille, ce fut le coup de foudre et il la prit pour femme. Il aurait dit, alors, à Ingonde qu''il avait bien cherché mais n''avait pas pu trouver un meilleur homme que lui-même (encore heureux que Clovis ne l''ait pas fait baptisé "Modeste"). Ces 2 unions peuvent être qualifiées de "passionnelles". Le numéro 3 fut un "mariage" politique. A la mort de son frère Clodomire, en 524, Clotaire se précipita pour mettre la veuve, Gontheuque, dans son lit. Le but était de s''emparer de son héritage. Il y eut encore une concubine connue sous le nom de Chunsine qui lui donna un fils bâtard, Chramme. Les nombreuses femmes et maîtresses "de passage", on les laisse. Clotaire était un grand amateur de femmes (un "womanizer" comme disent les anglophones).
Certains pensent que l'' "heure fatale" de Radegonde est survenue en 536-537, lors du décès d''Ingonde, laquelle avait donné 6 enfants à Clotaire. A ce moment là, Clotaire donna l''ordre de préparer ses noces avec Radegonde à Vitry-en-Artois. Avertie et affolée, Radegonde essaya de s''enfuir en bateau. Elle serait arrivé à Peronne (l''église lui est dédiée et un village proche porte son nom), et aurait constaté qu''au lieu de s''éloigner de Clotaire, elle s''en était approché (NB : j''ai essayé de retracer ce voyage mais comme Vitry n''est qu''à 10 km d''Athies et que la distance Athies à Péronne est considérablement plus élevée, je ne vois pas comment elle serait venue à cette constatation). Le fait est :
1. qu''ils se sont mariés.
2. qu''elle était dégoûtée de cet homme.
3. qu''elle ne lui a pas donné d''enfant.
4. qu''elle s''est enfuie.
Ce départ a eu lieu, probablement, autour 550 mais d''autres sources parlent d''un départ en 546 qui deviendra définitif vers 550. Il semble que la goutte qui a fait déborder le vase fut l''assassinat de son frère Chlotachar (c''est aussi une forme du prénom
C(h)lot(h)aire !). Il a été condamné pour haute trahison. Il aurait eu des liens trop étroits avec Constantinople.
Radegonde, hantée par les meurtres et les carnages dans sa jeunesse, n''en pouvait plus. Avec la permission de Clotaire, elle partit et se refugia auprès de Saint Médard, évêque de Noyon. Elle insista afin qu''il lui donne l''habit religieux. Elle obtint le droit de Clotaire de se retirer à Poitiers. En 552-557, elle fonda là un monastère qui portera plus tard le nom de Sainte Croix. Elle ne voulait pas être abbesse, alors c''est Sainte Agnès qui fut la première abbesse. Radegonde faisait le travail le plus humble. Etrangement, elle resta en contact avec le monde politique en écrivant des lettres aux souverains, plaidant pour la paix. Elle est morte le 13 août 587 à Poitiers. C''est aussi le date de sa fête et, à Poitiers, il y a une 2e fête, le 28 février. Sainte-Radegonde d''hiver.
Nous sommes assez bien informés sur sa vie par 2 curriculum vitae écrits par des contemporains :
1. Saint Venance Fortunat (530 - 601), secrétaire de Radegonde au monastère, et à qui elle a raconté sa vie. Fortunat a été, à la fin de sa vie, évêque de Poitiers (vers 600)
2. Baudonivie, moniale dans le même monastère. L''abbesse lui donna, entre 600 et 610, l''ordre d''écrire une vie de Radegonde, sans plagier celle de Fortunat. Pendant des siècles, on a plutôt ri de ses écrits : Mauvais latin, drôle de conjugaison, peu de faits (non, ça c''est Fortunat qui les avait déjà donnés !), etc. Ces critiques viennent aussi du fait que c''était une femme. Non, la
première femme écrivain français utilisant autant de mots francs. Elle écrit très bien les noms mérovingiens, chose bien difficile. Elle voit la vie de Radegonde avec les yeux d''une femme, ce qui rend cet écrit très intéressant.
Pour finir: Sainte Radegonde est très vénérée en France : 16 (anciennes) communes portent son nom (pas dans l''Orne, ni dans la Sarthe ou la Mayenne). Elle semble appréciée dans l''église orthodoxe et, sur leur site, ils indiquent tous les sanctuaires, lieux de culte, chapelles et statues en France. En Mayenne le culte est surtout vif dans le nord-ouest du département et elle est invoquée comme protectrice des recoltes à Ambrières, Chatillon-sur-Colmont, Gorron, Brécé et à Landivy. Dans l''Orne, c''est surtout dans l''ouest du departement à Saint-Michel-d''Andaines, Ceaucé, Flers. Rien trouvé pour la Sarthe.