Bannière

Helier

Illustration

16 juillet 1879 : Naissance de Hélier Albéric Elie Toussaint
- Sandarville (28) -

Helier, Hélier, Elier, Ellier, Hélyi, Herlier ou Helerius.

Prénom très rare, malgré que plusieurs communes, dans l'Ouest, et que la capitale de l'île de Jersey portent son nom, sous plusieurs formes. Même en Mayenne, où il existe la commune de Saint-Ellier, on ne le rencontre que très rarement.

Saint Ellier est né au début du VIème siècle (500-520) à Tongres, dans l'actuelle Belgique. Ses parents étaient alors des païens. Lui, Sigebert ou Sigebard, un noble local, elle, Lusegard, une Suave(?), de Rhénanie. Ellier est né, mais cela ne fut pas si facile. Sige et Luse restèrent longtemps (7 ans) sans bébé et ils firent tout pour changer cela. Ils virent la célèbre sorcière Dildo-uine, ce qui leur donna bien du plaisir, mais pas de bébé. Une visite au Druide Viagra aurait eu le même effet. Ils faisaient la tournée de tous les dieux et déesses vénerés aux alentours, sans résultat. Mais voilà qu'un visiteur attire leur attention vers un certain Cunibert, peut-être évêque de Cologne, de 626 à 663. Missionnaire apprécié à la cour des Mérovingiens, il est conseiller de Dagobert I et surtout du roi (Saint) Sigibert.
Bon, si l'on a tout essayé, pourquoi ne pas oser une nouvelle tentative ? Ils vont chez Cunibert et lui parlent de leur problème. Celui-ci écoute et dit : "Je vais prier Dieu, mais il y a une condition". Sigebert tire immédiatement sa bourse remplie de pièces d'or, car il connait les usages. Cunibert fait non, non et reprend : "Si vous avez un enfant, il doit être voué à mon Dieu".

Neuf à dix mois plus tard, Lusegard donne vie à un beau garçon, Hélier. Papa danse la samba, tant il est content. Oh, que la vie est belle. Mais, la condition ? Oups, oubliée ! A 7 ans, le garçon tombe malade et est paralysé. Papa et maman se tordent les mains. Que faire, que faire ? La queue basse, ils se rendent, avec le malade, chez Cunibert. Il ne leur dit rien. Ils les observe avec un regard sévère et Sigebert ne peut pas faire beaucoup plus que balbutier : "Euh, vous voyez, euh, un petit oubli. Mes excuses, sorry, pardon", etc. Cunibert fait entrer Ellier et, à peine le seuil franchi, il saute sur ses pieds. Plus de fièvre, plus de paralysie. Il va de soi, qu'il reste avec Cunibert. Celui-ci l'instruit, l'éduque, et lui apprend le christianisme. Ellier vit une excellente période chez lui. Il fait toutes sortes de "miraclettes". Ce sont des petits miracles car il faut commencer petit.

Il n'en est pas de même pour Sigebert. Il a un fils, mais il ne l'a pas. Il veut son fils et il tue Cunibert. Ici, l'écrivain de cette légende se trompe car Cunibert ne décède qu'en 663, mais bon, ce n'est pas la seule erreur dans son histoire. Helier est tout triste et il s'en va. Dieu le guide à Nantueil, dans le Cotentin. Ils n'avaient pas encore de tom-tom à l'époque. Là, il retrouve Saint Marculf (Marcouf, Marcoul, Marculphus), lequel tient un monastère, près de Coutances. Nantueil s'appelle maintenant
Saint-Marcoud-de-l'Isle (Manche). Cela se passait vers 545.

Ellier reste là pour apprendre le celtic. Plus tard, Marculf l'envoie dans une île, Gersut ou Agna, l'actuel Jersey. Sur cette île, il n'y avait pas plus de trente habitants, l'île étant ravagée par des pirates. Ellier habite dans une toute petite mini-île. Il vécut là pendant quinze ans. Qu'est-ce qu'il y a fait ? Je ne sais pas. Il a probablement converti les quelques dizaines d'habitants. Comme missionaire aussi, il faut commencer petit. Sa biographie ne raconte, en somme, que quelques raids de pirates qui, après une prière, furent emportés par le vent. La biographie parle des Vandales et des Normands, mais cela me semble fort. S'il y a eu des visites non sollicitées, cela devait plutôt être celles des Saxons. De temps en temps, Marculf lui rendait visite et Ellier avait un compagnon, un certain Romard.

Après 15 ans, la fin de sa vie approche. Ce n'est pas étonnant car il ne mangeait qu'une fois par semaine. Anorexie ? C'était plus un squelette ambulant qu'un homme et il était très faible. Une nuit, il voit le Christ, qui lui dit : "Bientôt tu seras avec moi". Ellier est tout content et dit adieu à tous ceux qu'il connaissait. Trois jours plus tard, les Saxons envahissent l'île. Ellier leur parle dans leur langue, proche de sa langue maternelle. Le chef de la bande craint que ses guerriers ne l'écoutent et se convertissent. Il entre en action et coupe la tête d'Ellier. Ellier se baisse, prend sa tête dans les mains et marche vers la plage. Il copie le tour de passe-passe de Saint Denis qui l'avait fait déjà vers 250. Comme ces Saxons n'avaient pas appris l'Histoire à l'école, ils en restèrent bouches bées. Les Saxons partirent et Ellier rendit son âme, en paix. A cet endroit, sur la côte sud de l'île, se trouve la place Saint Helier. Nommé après le premier martyr de Jersey, sa fête est le 16 juillet.

Les lecteurs attentifs ont sans doute remarqué qu'il y a, dans le texte ci-dessus une chronologie impossible. Comment Cunibert a pu être actif avant sa naissance ? Helier est mort vers 555 et Cunibert, après 660. Il est très incertain qu'Ellier soit né à Tongres. Plusieurs savants supposent que ce lieu, assez éloigné de la Normandie, a été choisi pour expliquer le peu de connaissance sur sa jeunesse. Une autre hypothèse affirme que Saint Helier n'a jamais existé et que sa vie d'ermite s'inclue plus facilement dans celle de Saint Hilaire de Poitiers ou de l'un de ses disciples. En latin, leurs noms, très proches, peuvent engendrer facilement des erreurs : Sanctus Helerius et Sanctus Hilarius.
Il faut aussi réaliser que le premier écrit sur sa vie, "La Passion de Saint Hélier", a été rédigé plus de 5 siècles après sa mort. Ecrit dans une période où les biographies ont été faites "à la chaîne". On prend par-ci par-là, un miracle de Saint A, un exploit de Saint B, quelques soupirs célestes de Saint C, et voilà une nouvelle Vitae selon le modèle traditionnel. Plus vite est écrite l'histoire d'une personne, après sa mort, plus grande est sa véracité.